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Béton bas carbone et solutions décarbonées pour les structures porteuses : panorama des systèmes disponibles sur le marché

Béton bas carbone et solutions décarbonées pour les structures porteuses : panorama des systèmes disponibles sur le marché

Béton bas carbone et solutions décarbonées pour les structures porteuses : panorama des systèmes disponibles sur le marché

Décarboner les structures porteuses n’est plus un sujet de prospective, c’est une contrainte de chantier. Avec la RE2020, les exigences des maîtres d’ouvrage publics, les labels environnementaux et, très concrètement, la flambée du prix du clinker, le béton bas carbone n’est plus une curiosité technique : c’est en train de devenir la nouvelle norme.

Problème : derrière les discours marketing, les familles de produits et les niveaux de performance carbone sont loin d’être lisibles pour les pros. Entre CEM II, CEM III, CEM VI, liants alternatifs, bétons « ultra bas carbone », systèmes préfabriqués optimisés et solutions hybrides bois/béton, le choix n’est pas trivial, surtout quand on rajoute les contraintes chantier : pompabilité, temps de prise, cure, disponibilité, ATEx, assurances…

Tour d’horizon des solutions réellement disponibles sur le marché pour les structures porteuses, avec un angle 100 % opérationnel : impacts carbone, usages possibles, points de vigilance et retours de terrain.

Pourquoi le béton est dans le viseur carbone

Sur un bâtiment courant, le gros œuvre béton représente souvent 60 à 70 % des émissions de CO₂ liées aux produits de construction. La principale responsable : la fabrication du clinker, cœur du ciment Portland, qui cumule :

Ordre de grandeur :

Réduire le carbone du gros œuvre passe donc, en priorité, par deux leviers :

Les grandes familles de bétons bas carbone

Sur le marché, on peut grossièrement classer les solutions en quatre groupes, avec des ordres de grandeur d’émissions (valeurs moyennes, à ajuster avec les FDES/EPD des fabricants).

Bétons « optimisés » à base de CEM II

C’est la porte d’entrée la plus simple : même logique de formule qu’un béton classique, mais avec un ciment CEM II (ajout de calcaire, laitiers, cendres volantes en plus faible proportion).

Impacts typiques :

Avantages chantier :

Points de vigilance :

Bétons à base de CEM III et liants fortement substitués

On monte d’un cran avec les bétons à base de liants à fort taux d’ajouts, principalement des laitiers de haut fourneau (CEM III) ou, plus marginalement, des cendres volantes ou fillers calcaires optimisés.

Ordres de grandeur :

Usages fréquents :

Retours de terrain :

Points de vigilance pour la maîtrise d’œuvre :

Bétons « ultra bas carbone » et liants alternatifs

C’est la catégorie la plus médiatisée : liants avec taux de clinker très faibles, formulations hybrides ou innovantes (laitier + activateurs, géopolymères, ciments « sulfo-alumineux », etc.). On trouve sur le marché des bétons annoncés entre 50 et 150 kg CO₂e/m³.

Potentiel :

Mais on change de registre : ces produits sont soumis à des cadres réglementaires et assurantiels spécifiques.

Cadre réglementaire :

En pratique sur chantier :

À réserver, pour l’instant, à des équipes déjà un peu aguerries sur le bas carbone, avec un accompagnement technique du fournisseur et un BET structure qui maîtrise ces liants.

Préfa et systèmes industrialisés bas carbone

Réduire les émissions de la structure ne passe pas uniquement par la chimie du ciment. La préfabrication et certains systèmes industrialisés permettent de :

Quelques solutions aujourd’hui bien implantées :

Prédalles et prémurs bas carbone

Atouts :

Systèmes poteaux-poutres optimisés

Points de vigilance généraux sur la préfa :

Structures hybrides et solutions mixtes bois/béton

On s’éloigne du « tout béton », mais en pratique, beaucoup de projets RE2020 performants reposent sur des structures mixtes qui gardent un socle béton pour les parties les plus sollicitées :

Intérêt :

Points à sécuriser :

Comment choisir le bon niveau de décarbonation pour un projet

Le bon béton n’est pas forcément le plus décarboné, mais celui qui permet d’atteindre l’objectif global du projet avec un risque maîtrisé. Une démarche de choix pragmatique peut suivre ces étapes.

1. Clarifier les objectifs carbone du maître d’ouvrage

2. Faire un premier bilan carbone prévisionnel

3. Discuter tôt avec le BE structure et la centrale à béton

4. Intégrer les impacts sur le planning et les coûts

Checklist pratique pour un chantier en béton bas carbone

Avant d’arrêter une solution, quelques vérifications simples évitent des mauvaises surprises :

Erreurs fréquentes à éviter

Sur les premiers chantiers bas carbone, on retrouve souvent les mêmes écueils.

Vers un nouveau standard de structure porteuse

On assiste moins à une « révolution » du gros œuvre qu’à une évolution par paliers :

Entre-temps, les systèmes préfabriqués et les structures hybrides offrent des leviers puissants pour limiter le volume de béton, parfois plus efficaces que de gagner quelques dizaines de kg CO₂e sur le m³.

Pour les pros du BTP, l’enjeu est clair : se constituer rapidement un « catalogue maison » de solutions décarbonées éprouvées, adaptées à leur typologie de chantiers, avec :

Ce travail d’appropriation demande un peu de temps, mais ceux qui s’y engagent dès maintenant auront un avantage compétitif clair lorsque le bas carbone ne sera plus une option, mais une ligne de base imposée sur l’ensemble des marchés publics et privés.

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