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L’essor des chantiers basés sur le bim et la maquette numérique collaborative dans la construction française

L’essor des chantiers basés sur le bim et la maquette numérique collaborative dans la construction française

L’essor des chantiers basés sur le bim et la maquette numérique collaborative dans la construction française

Le BIM n’est plus un sujet de salon ou de bureau d’études. Sur les chantiers français, la maquette numérique collaborative commence vraiment à changer la façon de travailler : moins de surprises, moins de reprises, plus de coordination… à condition de savoir s’en servir et d’impliquer tout le monde, du maître d’ouvrage à l’artisan.

Dans cet article, on va parler terrain : où en est réellement le BIM en France, ce que ça change concrètement sur un chantier, quelles sont les contraintes (techniques, humaines, économiques) et comment s’y mettre sans exploser le planning ni le budget.

Où en est le BIM en France : du discours à la réalité de chantier

Depuis une dizaine d’années, le BIM est présenté comme la révolution du bâtiment. Mais si l’on sort des grandes opérations tertiaires ou hospitalières, que se passe-t-il vraiment sur les chantiers ?

Quelques repères utiles :

Autrement dit : le BIM n’est plus réservé aux grands majors. De plus en plus de PME sont embarquées dans des opérations BIM en sous-traitance ou en corps d’état séparés, parfois sans y être vraiment préparées. Et c’est là que tout se joue.

Maquette numérique collaborative : de quoi parle-t-on concrètement ?

Le terme « maquette numérique collaborative » peut vite devenir fumeux. Sur le terrain, un projet BIM qui fonctionne repose généralement sur 3 piliers très concrets :

Sans ces trois éléments, on parle plus de « 3D avancée » que de vrai BIM collaboratif. On peut toujours faire de belles perspectives, mais on passe à côté du gain central : la coordination technique et la réduction des erreurs avant le chantier.

Les gains concrets sur chantier : où le BIM fait vraiment la différence

Sur un chantier, la question n’est pas de savoir si le BIM est à la mode, mais s’il fait gagner du temps, de l’argent et de la sérénité. Voici là où l’on voit réellement l’impact.

Moins de clashes, moins de surprises, moins de reprises

Le cas classique : gaines CVC qui traversent une poutre, réseaux qui se croisent sans réservation, faux-plafonds impossibles à passer avec les épaisseurs prévues… Ces « surprises » coûtent cher en délais et en travaux modificatifs.

Avec une maquette numérique bien paramétrée, les logiciels de détection de conflits (clash detection) permettent de repérer ces problèmes en phase étude, avant même d’arriver sur le chantier. Sur certains projets, les retours d’expérience montrent :

Un conducteur de travaux en logements collectifs résumait ainsi : « Avant, on découvrait les problèmes au fur et à mesure des phases. Aujourd’hui, 80 % des emmerdes techniques sortent en réunion BIM avant même le démarrage du gros œuvre. »

Meilleure préparation des modes opératoires et de la logistique

La maquette sert aussi à préparer plus finement l’exécution :

Sur un chantier de lycée en rénovation, l’équipe travaux utilisait la maquette pour valider les cheminements de chantier en période scolaire. Résultat : moins d’allers-retours entre maîtrise d’œuvre, SPS et entreprises, et un phasage plus robuste.

Un suivi plus fin des quantités et des coûts

Pour les lots techniques et le gros œuvre, la maquette permet d’extraire des quantitatifs plus précis (volumes de béton, linéaires de gaines, surfaces d’isolant, etc.). Quand la modélisation est rigoureuse, cela a un impact direct :

Attention toutefois : une maquette mal renseignée donne une fausse impression de précision. On y revient plus loin dans les points de vigilance.

Rôle central de la plateforme collaborative : la fin (relative) des plans qui circulent par mail

Le BIM collaboratif ne tient pas seulement à la 3D, mais aussi au flux d’informations. La plateforme centrale devient le « chantier numérique » :

Pour un conducteur de travaux, cela signifie moins de temps perdu à vérifier si le plan imprimé dans la baraque de chantier est bien le dernier, et moins de risques de travaux réalisés sur la mauvaise version.

Les freins rencontrés par les entreprises : où ça coince encore

Sur le terrain, l’essor du BIM est freiné par plusieurs points récurrents. Les ignorer, c’est se condamner à un BIM « vitrine » qui ne profite à personne.

Équipement et compétences des PME : le décrochage possible

Beaucoup de PME n’ont ni les licences logicielles complètes, ni les équipes formées pour modéliser leur lot en interne. Résultat :

Ce modèle peut fonctionner, mais à condition que :

Temps d’apprentissage et surcharge en phase lancement

Au démarrage, le BIM ajoute une couche de complexité : nouvelles habitudes, nouveaux outils, temps de modélisation plus long, besoin de contrôler la cohérence des données. Sur les premières opérations, beaucoup d’équipes ont l’impression de perdre du temps.

Le retour des entreprises qui ont déjà plusieurs chantiers BIM derrière elles est assez constant :

Qualité de la maquette : le faux sentiment de sécurité

Une maquette jolie n’est pas forcément une maquette fiable. Deux pièges fréquents :

D’où la nécessité de définir dès le départ un niveau de détail (LOD) raisonnable par phase et par lot. Inutile de modéliser le moindre collier de fixation si l’objectif est de coordonner juste les volumes et les réservations.

Cadre réglementaire et marché public : ce que dit (et ne dit pas) la réglementation

En France, le BIM n’est pas encore imposé par une loi nationale pour tous les marchés, contrairement à certains pays européens. Cependant :

Pour les entreprises, l’enjeu n’est pas tant réglementaire que contractuel :

Ces sujets doivent être cadrés dans la convention BIM et les pièces du marché. Sinon, les litiges ne tardent pas à apparaître en cas d’écart entre modèle et réalité.

Stratégie pour les pros : comment entrer dans le BIM sans se brûler les ailes

Pour une entreprise qui n’est pas encore à l’aise avec la maquette numérique collaborative, l’objectif n’est pas de tout révolutionner du jour au lendemain, mais de monter en puissance de façon progressive et pragmatique.

Choisir les bons premiers projets

Se lancer sur un hôpital de 40 000 m² en BIM niveau avancé comme première expérience n’est pas forcément la meilleure idée. Pour démarrer, privilégier :

L’objectif : tester ses process, identifier les points durs, capitaliser en interne.

Investir là où ça rapporte vraiment

Tout le monde n’a pas besoin d’un BIM manager interne dès le premier chantier. En revanche, quelques investissements sont souvent payants :

Pour certains lots (CVC, électricité, plomberie), l’externalisation de la modélisation peut être pertinente au début, à condition de garder la main sur le contrôle technique et le lien avec le terrain.

Impliquer le terrain : le BIM ne se pilote pas seulement depuis le bureau

Un BIM géré uniquement par le bureau d’études ou l’architecte, sans les chefs de chantier et les conducteurs, reste théorique. Pour que la maquette serve réellement :

Sur certains chantiers, le simple fait d’afficher la maquette dans la salle de réunion de chantier, projetée sur grand écran, change la dynamique des échanges : on parle du même support, on voit tout de suite les problèmes de coordination, on sort de la bataille de plans A3.

Les bonnes pratiques à retenir pour un BIM vraiment collaboratif

Pour tirer le meilleur du BIM et de la maquette collaborative, quelques règles simples font souvent la différence.

La maquette numérique collaborative n’est pas une fin en soi. C’est un outil puissant pour améliorer la qualité, la sécurité, les délais et la rentabilité des opérations. Mais comme tous les outils, elle ne donne des résultats que si elle est intégrée dans une démarche structurée, partagée et pilotée.

Dans les années à venir, il y aura probablement deux types d’acteurs dans le bâtiment français : ceux qui auront appris à transformer le BIM en avantage compétitif, et ceux qui le subiront comme une contrainte imposée par les cahiers des charges. La différence ne se jouera pas sur le marketing, mais sur la capacité à faire du BIM un prolongement naturel du chantier, au service des équipes terrain.

Damien

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