Site icon

L’impact de la hausse des coûts des matériaux sur les chantiers de construction : quelles stratégies pour les maîtres d’ouvrage et les entreprises

L’impact de la hausse des coûts des matériaux sur les chantiers de construction : quelles stratégies pour les maîtres d’ouvrage et les entreprises

L’impact de la hausse des coûts des matériaux sur les chantiers de construction : quelles stratégies pour les maîtres d’ouvrage et les entreprises

L’inflation des matériaux est devenue le premier sujet de tension sur les chantiers, devant les délais et la pénurie de main-d’œuvre. Acier, bois, isolants, PVC, bitume, béton prêt à l’emploi : sur certains postes, les hausses cumulées dépassent +40 % en trois ans, avec des fluctuations mensuelles qui rendent tout chiffrage fragile au-delà de 3 à 6 mois.

Pour les maîtres d’ouvrage et les entreprises, la question n’est plus de savoir si les coûts vont bouger, mais comment sécuriser les opérations malgré cette instabilité. Autrement dit : comment continuer à signer, financer et livrer des chantiers sans exploser les marges ni bloquer les projets ?

Un contexte de prix durablement instable

Sur le terrain, la hausse n’est pas uniforme. Selon les postes, on observe :

Derrière ces chiffres, trois facteurs principaux :

Résultat : les grilles tarifaires des négoces et industriels se mettent à jour tous les mois, parfois plus. Les devis BTP, eux, restent souvent valables 60, 90 voire 120 jours… conflit de temporalité garanti.

Où les budgets explosent vraiment sur un chantier ?

Pour un maître d’ouvrage, tout n’augmente pas dans les mêmes proportions. Les retours de chantiers montrent que les postes les plus sensibles sont :

Sur un chantier de logement collectif, on voit régulièrement :

Ce n’est plus une simple « dérive » : c’est un changement de structure de coûts. Rester dans les anciens réflexes de négociation linéaire ne suffit plus.

Impact pour les maîtres d’ouvrage : arbitrages et risques

Pour le maître d’ouvrage (public ou privé), la hausse des matériaux se traduit concrètement par :

Pour limiter la casse, plusieurs réactions sont fréquentes :

La question clé : comment éviter de lancer un appel d’offres sur un estimatif obsolète de 6 à 12 mois ?

Impact pour les entreprises : marges compressées et trésorerie sous pression

Côté entreprises, la hausse des matériaux se traduit par trois effets immédiats :

Un exemple typique rapporté par plusieurs responsables de travaux :

Lot menuiseries extérieures alu/PVC, chantier de logements, signature en 2021 pour une durée de travaux de 20 mois. Entre le devis fournisseur initial et la commande réelle, +18 % sur les profilés et vitrages. Sans clause de variation claire dans le marché de travaux, l’entreprise a absorbé la quasi-totalité de la hausse. Résultat : marge nette divisée par deux sur le lot, pour un chiffre d’affaires pourtant conforme aux prévisions.

À l’échelle d’une PME de 20 à 40 salariés, deux ou trois opérations de ce type peuvent suffire à déséquilibrer l’exercice.

Stratégies côté maîtres d’ouvrage : sécuriser en amont

Le premier levier pour les maîtres d’ouvrage consiste à adapter la manière de concevoir et de passer les marchés. Quelques pistes qui fonctionnent sur le terrain :

Actualiser régulièrement les estimatifs en phase étude

Un estimatif de travaux figé en début d’APS est souvent obsolète au dépôt de permis. Les bonnes pratiques évoluent :

L’objectif est simple : éviter de lancer un DCE avec un estimatif décorrélé du marché. C’est là que naissent les lots infructueux et les renégociations à chaud.

Adapter les procédures et les formes de marchés

Pour gérer l’instabilité des prix, certains maîtres d’ouvrage font évoluer leurs pratiques :

Ces outils existent, mais restent sous-utilisés ou mal paramétrés. Dans les faits, beaucoup de marchés sont encore passés à prix fermes sur des durées longues, surtout en privé.

Repenser le projet : simplifier sans dégrader l’usage

Face à un budget sous tension, la tentation est de « couper dans les prestations ». Mal géré, cela dégrade l’usage et la valeur patrimoniale. Mieux vaut travailler dans une logique de rationalisation :

Une opération de 80 logements qui passe de 25 références de menuiseries à 12 peut générer des économies de 5 à 10 % sur le lot, sans dégrader le confort des occupants.

Stratégies côté entreprises : contrats, achats et organisation

Les entreprises ont, elles aussi, des leviers concrets pour encaisser la hausse des matériaux sans exploser leurs risques.

Négocier différemment les clauses de prix

La première ligne de défense reste le contrat. Quelques réflexes qui font la différence :

Ce n’est pas toujours accepté, mais beaucoup de maîtres d’ouvrage comprennent aujourd’hui que des prix irréalistes sont plus dangereux qu’une clause de révision bien bordée.

Professionnaliser la fonction achats

Dans de nombreuses PME du BTP, les achats sont encore gérés chantier par chantier, au jour le jour. Avec la volatilité actuelle, cette approche montre ses limites. Quelques pistes d’amélioration :

Une entreprise qui sait qu’elle va consommer 800 à 1000 tonnes d’acier ou 5000 m³ de béton par an n’achète pas au même prix que celle qui négocie lot par lot, au dernier moment.

Limiter les stocks morts, sécuriser les stocks utiles

Face à l’inflation, certains ont réagi en « stockant à tout va ». Mauvaise idée quand les prix se stabilisent ou baissent sur certains segments. L’enjeu est de distinguer :

Sur le terrain, plusieurs entreprises ont mis en place :

L’objectif n’est pas de spéculer sur les matériaux, mais de réduire les risques de blocage de chantier tout en maîtrisant l’immobilisation de trésorerie.

Adapter la conception technique avec les équipes d’étude

Les entreprises qui s’en sortent le mieux sont souvent celles qui interviennent tôt en conception (macro-lots, conception-réalisation, lots techniques complexes). Elles peuvent alors proposer des adaptations techniques pour absorber une partie de la hausse :

Chaque optimisation peut sembler marginale, mais l’addition sur l’opération est loin d’être négligeable, surtout sur les ouvrages répétitifs.

Maître d’ouvrage / entreprises : un intérêt commun à coopérer

La hausse des coûts des matériaux met en lumière une évidence souvent oubliée : un chantier ne peut fonctionner durablement que si tout le monde s’y retrouve économiquement. Un marché signé à perte pour l’entreprise finit rarement bien pour le maître d’ouvrage : retards, faillite, sous-traitants impayés, qualité en berne.

Dans ce contexte, les approches qui fonctionnent le mieux sur le terrain sont celles qui privilégient :

Les matériaux resteront volatils encore un moment. Les maîtres d’ouvrage comme les entreprises n’ont pas la main sur les cours mondiaux de l’acier, du bois ou du gaz. En revanche, ils ont la main sur la façon de concevoir, contractualiser et piloter leurs chantiers. Et c’est souvent là que se joue, très concrètement, la différence entre une opération en équilibre et une dérive budgétaire ingérable.

Sur un chantier, on n’évitera pas toutes les hausses. En revanche, on peut éviter qu’elles deviennent systématiquement des sinistres économiques. Et ça, ce sont surtout des choix d’organisation, de méthode et de contrat.

Quitter la version mobile