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Matériaux géosourcés et circuits courts dans les projets de construction durable : opportunités et limites

Matériaux géosourcés et circuits courts dans les projets de construction durable : opportunités et limites

Matériaux géosourcés et circuits courts dans les projets de construction durable : opportunités et limites

Matériaux géosourcés, circuits courts, bilan carbone, ressources locales… Ces termes sont partout dans les appels d’offres, les études de conception et les promesses de labels. Sur le papier, tout le monde est pour. Sur le terrain, c’est plus nuancé : disponibilité, assurance, réglementation, prix, logistique… les arbitrages sont parfois serrés.

Dans cet article, on va regarder ce sujet comme on regarde un chantier : contexte, diagnostic, choix techniques, mise en œuvre, puis retour d’expérience. Objectif : aider maîtres d’ouvrage, maîtres d’œuvre et entreprises à savoir quand les matériaux géosourcés et les circuits courts sont une vraie opportunité… et quand ils deviennent une fausse bonne idée.

De quoi parle-t-on vraiment ? Géosourcé, biosourcé, local…

Avant d’empiler les labels, on clarifie les termes.

Un matériau géosourcé, c’est un matériau issu du sol, à faible transformation :

On les oppose souvent aux matériaux biosourcés (bois, paille, chanvre, ouate de cellulose, fibres végétales, etc.) même si, dans la pratique, la plupart des projets “verts” les combinent.

Les circuits courts renvoient à la chaîne d’approvisionnement :

Dernier niveau : la réutilisation sur site (déblais réemployés en terre crue, pierre issue de démolition retaillée, etc.). C’est le “graal” en termes de bilan carbone, mais aussi ce qui demande le plus de méthode et de sécurisation technique.

Pourquoi ces matériaux intéressent autant les pros du bâtiment

En quatre points, on comprend vite pourquoi les géosourcés et les circuits courts ont le vent en poupe.

Un levier fort sur le bilan carbone des projets

La RE2020 met l’accent sur les émissions liées aux produits de construction et équipements (PCE). Là-dessus, les géosourcés peuvent faire une vraie différence :

Sur certains bâtiments tertiaires en structure béton + remplissage terre ou terre/bois, les bureaux d’études constatent des réductions de 20 à 30 % de l’impact “produits de construction” par rapport à une solution “tout béton + isolant conventionnel”, à performance thermique équivalente.

Un outil concret pour répondre aux exigences des labels

HQE, BREEAM, LEED, BBCA, Effinergie+, labels territoriaux… Tous valorisent :

Pour les maîtres d’ouvrage, intégrer un lot “terre crue” ou “pierre locale” devient un levier facile à faire ressortir dans un dossier :

Un ancrage territorial et économique

Sur le terrain, on voit trois effets positifs :

Pour un maître d’ouvrage public, pouvoir dire que “30 % du montant du lot matériaux est resté dans un rayon de 80 km” n’est pas neutre, surtout en période de tension économique.

Performances techniques : ce que les géosourcés apportent réellement

Sur le plan technique, les matériaux géosourcés ne sont pas des gadgets décoratifs. Ils apportent de vrais plus, à condition de bien les positionner dans le projet.

Inertie thermique et confort d’été

Terre crue et pierre ont une forte capacité thermique. En clair, ils stockent et restituent la chaleur lentement. Posés en parois intérieures (refends, cloisons lourdes, enduits épais) ils :

Sur des logements collectifs RT2012 rénovés vers RE2020, l’ajout de refends en blocs de terre comprimée a permis, dans plusieurs opérations pilotes, de gagner 1 à 2 °C de confort d’été perçus, sans modifier l’isolation extérieure.

Régulation hygrothermique

La terre crue présente une forte perméabilité à la vapeur d’eau et une capacité à absorber / restituer l’humidité de l’air ambiant. Résultat en usage :

Attention : ce n’est pas une solution miracle contre les désordres d’humidité. Sans étude de paroi et sans maîtrise des transferts de vapeur, on peut créer l’effet inverse.

Durabilité, entretien et réparabilité

Sur ce point, il faut distinguer :

Pour un maître d’ouvrage, la réparabilité est un vrai sujet : reprendre un enduit terre abîmé se fait avec des matériaux simples et un savoir-faire accessible. Sur les finitions sèches industrielles, la réparation rime souvent avec remplacement global d’une surface.

Filières courtes : des atouts, mais pas à n’importe quel prix

Sur le papier, circuits courts = moins de CO₂, moins de camions, plus de local. Sur le terrain, il faut regarder de près la réalité logistique.

Transport et bilan carbone : pas toujours linéaire

Un exemple typique :

Dans certains cas, une étude ACV détaillée montre que le gain carbone n’est pas aussi spectaculaire que prévu, surtout si la production locale est peu optimisée. D’où l’importance de :

Délais, capacité de production et fiabilité des approvisionnements

C’est l’un des points de friction majeurs avec les filières émergentes :

Conséquence pour le chantier :

Les entreprises générales interrogées sur des opérations pilotes sont claires : “Oui aux filières locales, mais pas au détriment de la tenue des délais. Tout ce qui n’est pas sécurisé dès l’APD peut devenir une source de litige.”

Réglementation, ATEx et assurance : le nerf de la guerre

Sur les matériaux géosourcés, la technique n’est pas le seul sujet : la compatibilité avec le cadre normatif et l’assurance décennale conditionne largement la prise de décision.

Référentiels techniques disponibles

On dispose aujourd’hui de plusieurs documents de référence :

Mais de nombreuses solutions restent encore en zone grise :

Dans ces cas, on passe souvent par des ATEx (Appréciation Technique d’Expérimentation) ou des Évaluations Techniques Européennes pour sécuriser la mise en œuvre. Cela a un coût (temps + études) qu’il faut anticiper au budget.

Position des assureurs et gestion des risques

Les assureurs sont de plus en plus sollicités sur ces sujets. Ce qu’ils demandent en général :

Sans ces éléments, la réponse peut être simple : refus d’assurance décennale sur le lot concerné, ou surprime. Pour une entreprise, cela peut faire la différence entre accepter ou refuser un marché, même techniquement intéressant.

Sur le chantier : ce qui change vraiment pour les équipes

Par rapport à un chantier “classique”, intégrer des matériaux géosourcés et des circuits courts implique quelques adaptations concrètes.

Organisation du chantier et logistique

Quelques points à anticiper :

Un chef de chantier qui a déjà géré un lot terre crue le résume souvent ainsi : “Ce n’est pas plus compliqué, mais ce n’est pas plug-and-play. Il faut que tout le monde joue le jeu.”

Montée en compétence des compagnons

La bonne nouvelle : la majorité des techniques terre ou pierre sont compréhensibles pour un maçon ou un plaquiste motivé. Mais :

Les retours d’expérience montrent qu’au bout de 2 à 3 chantiers, une équipe structurée atteint une productivité correcte sur les enduits terre et les maçonneries simples. Pour des systèmes plus pointus (BTC structurels, pierre porteuse complexe), la courbe d’apprentissage est plus longue.

Erreurs fréquentes à éviter

Sur les opérations suivies, on retrouve régulièrement les mêmes pièges :

Quand les matériaux géosourcés sont une vraie opportunité

En synthèse de nombreux retours de terrain, on peut dégager quelques contextes particulièrement favorables.

Les matériaux géosourcés et circuits courts sont pertinents lorsque :

Dans ces conditions, les gains sont réels :

… et quand ils deviennent une fausse bonne idée

À l’inverse, certaines configurations cumulent les risques :

Dans ces cas-là, les géosourcés et les circuits courts peuvent :

Quelques repères pratiques pour décider en amont

Pour terminer de façon opérationnelle, voici une grille simple à passer sur vos prochains projets.

Avant de retenir un matériau géosourcé ou une solution en circuit court, vérifiez :

Si plus de deux réponses restent floues, il peut être plus sage de démarrer par une opération pilote limitée (un bâtiment, une zone, un type de paroi) plutôt que d’engager l’intégralité d’un programme sur ces matériaux dès la première expérience.

Les matériaux géosourcés et les circuits courts ne sont ni un gadget marketing, ni une solution magique. Bien préparés, ils deviennent un outil puissant pour atteindre les objectifs de construction durable, améliorer le confort des usagers et ancrer les projets dans leur territoire. Mal anticipés, ils peuvent vite se transformer en casse-tête technique et contractuel.

Comme toujours sur un chantier, tout se joue dans les phases amont, la clarté des objectifs et le réalisme des moyens mis sur la table.

Damien

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