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Nouvelles normes incendie et impact sur les choix de matériaux et de conception pour les bâtiments neufs et rénovés

Nouvelles normes incendie et impact sur les choix de matériaux et de conception pour les bâtiments neufs et rénovés

Nouvelles normes incendie et impact sur les choix de matériaux et de conception pour les bâtiments neufs et rénovés

Incendies d’immeubles d’habitation, entrepôts logistiques ravagés, façades qui s’embrasent en quelques minutes… Ces dernières années, chaque sinistre majeur se traduit par un tour de vis réglementaire. Résultat : les normes incendie évoluent vite, et elles pèsent de plus en plus lourd sur le choix des matériaux et la conception des bâtiments neufs comme rénovés.

Sur le terrain, ça se traduit comment ? Par des isolants à revoir, des hauteurs de bâtiments à reconsidérer, des façades à reconfigurer, des coûts à réévaluer… et parfois des projets à reprendre depuis la phase esquisse. Dans cet article, on fait le point de manière opérationnelle, avec un focus sur les conséquences concrètes pour les pros du BTP.

Ce qui change vraiment dans la réglementation incendie

Le cadre de base reste le même : Code de la construction et de l’habitation, arrêts spécifiques (habitation, ERP, entrepôts, IGH…), guides CSTB, règles APSAD, etc. Mais plusieurs mouvements de fond compliquent l’équation :

Derrière ces grands principes, plusieurs textes ont un impact direct sur les choix de conception :

En clair : la norme ne dit pas seulement « résistez au feu », elle oriente de plus en plus précisément les produits, systèmes et assemblages que vous pouvez réellement mettre en œuvre.

Diagnostic : où sont les points durs sur les projets neufs et rénovations ?

Avant même de parler matériaux, il faut regarder là où la réglementation serre le plus les boulons. On retrouve systématiquement les mêmes « nœuds » sur les chantiers :

Sur un projet neuf, on peut intégrer ces contraintes assez tôt, au stade APS/APD. En rénovation, en revanche, on se heurte souvent à :

D’où l’importance de poser le diagnostic incendie très tôt, avec le bureau de contrôle et, si besoin, un préventionniste SDIS, avant même de figer les systèmes techniques et les matériaux.

Impact sur les choix de matériaux

Les nouvelles exigences incendie se lisent très directement dans les CCTP et les bordereaux de matériaux. Pour faire simple, trois familles sont particulièrement impactées : les isolants, les systèmes de façade et les structures bois.

1. Réaction au feu : les Euroclasses en première ligne

La réaction au feu des matériaux est désormais quasi systématiquement exprimée en Euroclasses (EN 13501-1) :

Sur de nombreux projets, on voit apparaître dans les pièces écrites des exigences du type « parement extérieur classé A2-s1,d0 minimum » ou « isolant en façade en A2 en bande coupe-feu à chaque plancher ». Concrètement, cela se traduit par :

2. Façades : limiter l’effet « cheminée »

C’est l’un des points les plus sensibles depuis plusieurs sinistres médiatisés : la propagation du feu par la façade. Les nouvelles exigences agissent sur trois leviers :

Sur un chantier, cela peut se traduire, par exemple, par :

3. Structures bois : de la mode à la maîtrise des risques

La RE2020 pousse fortement vers le bois et les biosourcés, notamment pour le stockage carbone. Côté incendie, cela reste possible, mais sous conditions :

Une structure poteaux-poutres bois en R+5 reste tout à fait envisageable, mais elle va :

Pour les pros, l’enjeu est de sortir des positions caricaturales (« le bois est interdit » ou « le bois, c’est magique ») et de raisonner en système complet, validé par le bureau de contrôle.

Impact sur la conception architecturale et technique

Les nouvelles normes incendie ne se jouent pas uniquement au niveau du catalogue produits. Elles modifient la façon de concevoir le bâtiment, dès les premiers coups de crayon.

1. Hauteur et configuration : des seuils à ne pas oublier

Quelques centimètres de hauteur peuvent vous faire basculer dans une autre catégorie réglementaire, avec des conséquences très concrètes :

En pratique, il n’est pas rare de voir des maîtres d’ouvrage revoir la hauteur d’un projet (passer de R+7 à R+6 par exemple) pour rester dans un cadre réglementaire plus simple et moins coûteux.

2. Circulations, compartiments et désenfumage

La doctrine reste la même : compartimenter pour limiter la propagation, évacuer rapidement les occupants, et maintenir des conditions d’intervention acceptables pour les secours. Mais la mise en musique se complexifie, notamment avec :

Pour l’architecte et le BET fluides, cela signifie intégrer très tôt :

3. Locaux à risques et interfaces avec les réseaux

Les locaux techniques, parkings, locaux poubelles, locaux batteries ou bornes de recharge posent aujourd’hui des questions particulièrement sensibles. Le durcissement des exigences se traduit par :

Le moindre oubli (une gaine non traitée, un bouchon coupe-feu absent, une cloison CF percée pour un câble supplémentaire) peut faire tomber la conformité du bâtiment lors de la visite de la commission de sécurité, voire au moment d’un sinistre.

Comment adapter vos pratiques sur chantier

L’enjeu pour les entreprises, ce n’est pas de devenir juristes en réglementation incendie, mais d’ajuster les pratiques à la réalité des nouvelles exigences. Quelques repères concrets.

1. En phase études et achats

2. En phase exécution

3. Erreurs fréquentes à éviter

Retours de terrain : trois cas typiques

Pour mesurer l’impact réel des nouvelles normes incendie sur les matériaux et la conception, rien de mieux que quelques cas concrets.

Cas 1 : rénovation ITE d’un immeuble des années 70

Immeuble d’habitation R+10, années 70, façade béton non isolée. Projet initial : ITE PSE + enduit mince, choix motivé par le coût et la performance thermique.

Au diagnostic incendie, le bureau de contrôle met en évidence :

Résultat :

Le chantier passe la visite de la commission sans réserve majeure, là où la solution PSE aurait probablement entraîné des demandes de justifications lourdes, voire des refus.

Cas 2 : entrepôt logistique de 12 000 m² avec sprinklers

Projet neuf d’entrepôt logistique classé ICPE, avec stockage de marchandises diverses. Le classement et la surface imposent :

Impact sur le projet :

Côté planning, l’intégration tardive du sujet sprinklers aurait pu ajouter plusieurs mois de recalage. En le traitant dès l’APS, le maître d’ouvrage a limité les aléas en phase exécution.

Cas 3 : surélévation bois sur un R+3 existant

Immeuble de bureaux R+3, projet de surélévation en deux niveaux supplémentaires, en structure bois pour limiter les surcharges. Côté incendie, plusieurs contraintes :

Solution adoptée :

Le projet montre qu’une surélévation bois reste possible dans un cadre réglementaire exigeant, à condition de traiter l’incendie comme un lot à part entière, et pas comme une simple « contrainte technique » à gérer en fin de phase PRO.

Au final, les nouvelles normes incendie ne sont pas là pour bloquer les projets, mais pour obliger à une meilleure maîtrise des risques, des interfaces et des matériaux. Anticiper les seuils de hauteur, travailler tôt avec le bureau de contrôle, choisir des systèmes validés plutôt que bricolés, documenter chaque variante de matériau : ce sont désormais des réflexes aussi essentiels que le calcul thermique ou l’étude de sol.

Sur un chantier, la vraie question n’est plus « est-ce que ça va passer ? », mais « est-ce que, le jour où ça brûle, le bâtiment va se comporter comme prévu ? ». Les nouvelles normes incendie, bien intégrées dès l’amont, permettent justement de répondre à cette question avec moins d’incertitudes… et beaucoup moins de mauvaises surprises en fin de projet.

Damien

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